—Mais à la condamnation probable de Marie-Antoinette et à sa mort sur le même échafaud où est mort son mari. Le citoyen dit, enfin, que vous ne profiterez point, pour la voir, du jour où elle sortira du Temple pour marcher à la place de la Révolution.

—Oh! certes, non, s'écria Geneviève, à ces paroles prononcées par Morand avec un sang-froid glacial.

—Alors, faites-en votre deuil, continua l'impassible chimiste; car l'Autrichienne est bien gardée, et la République est une fée qui rend invisible qui bon lui semble.

—J'avoue, dit Geneviève, que j'eusse cependant été bien curieuse de voir cette pauvre femme.

—Voyons, dit Maurice, ardent à recueillir tous les souhaits de Geneviève, en avez-vous bien réellement envie? Alors, dites un mot; la République est une fée, je l'accorde au citoyen Morand; mais moi, en qualité de municipal, je suis quelque peu enchanteur.

—Vous pourriez me faire voir la reine, vous, monsieur? s'écria Geneviève.

—Certainement que je le puis.

—Et comment cela? demanda Morand en échangeant avec Geneviève un rapide regard, qui passa inaperçu du jeune homme.

—Rien de plus simple, dit Maurice. Il y a certes des municipaux dont on se défie. Mais, moi, j'ai donné assez de preuves de mon dévouement à la cause de la liberté pour n'être point de ceux-là. D'ailleurs, les entrées au Temple dépendent conjointement et des municipaux et des chefs de poste. Or, le chef de poste est justement, ce jour-là, mon ami Lorin, qui me paraît être appelé à remplacer indubitablement le général Santerre, attendu qu'en trois mois, il est monté du grade de caporal à celui d'adjudant-major. Eh bien, venez me trouver au Temple le jour où je serai de garde, c'est-à-dire jeudi prochain.

—Eh bien, dit Morand, j'espère que vous êtes servie à souhait. Voyez donc comme cela se trouve?