En ce moment le bruit du tambour se rapprocha, et Maurice entendit crier dans la rue:

—Grande conspiration découverte au Temple par le citoyen Simon! Grande conspiration en faveur de la veuve Capet découverte au Temple!

—Oui, oui, dit Maurice, c'est bien ce que je pense. Il y a du vrai dans tout cela. Et Lorin qui, au milieu de cette exaltation populaire, va peut-être tendre la main à cette fille et se faire mettre en morceaux....

Maurice prit son chapeau, agrafa la ceinture de son sabre, et en deux bonds fut dans la rue.

—Où est-il? demanda Maurice. Sur le chemin de la Conciergerie sans doute. Et il s'élança vers le quai.

À l'extrémité du quai de la Mégisserie, des piques et des baïonnettes, surgissant du milieu d'un rassemblement, frappèrent ses regards. Il lui sembla distinguer au milieu du groupe un habit de garde national et dans le groupe des mouvements hostiles. Il courut, le cœur serré, vers le rassemblement qui encombrait le bord de l'eau.

Ce garde national pressé par la cohorte des Marseillais était Lorin; Lorin pâle, les lèvres serrées, l'œil menaçant, la main sur la poignée de son sabre, mesurant la place des coups qu'il se préparait à porter.

À deux pas de Lorin était Simon. Ce dernier, riant d'un rire féroce, désignait Lorin aux Marseillais et à la populace en disant:

—Tenez, tenez! vous voyez bien celui-là, c'en est un que j'ai fait chasser du Temple hier comme aristocrate; c'en est un de ceux qui favorisent les correspondances dans les œillets. C'est le complice de la fille Tison, qui va passer tout à l'heure. Eh bien, le voyez-vous, il se promène tranquillement sur le quai, tandis que sa complice va marcher à la guillotine; et peut-être même qu'elle était plus que sa complice, que c'était sa maîtresse, et qu'il était venu ici pour lui dire adieu ou pour essayer de la sauver.

Lorin n'était pas homme à en entendre davantage. Il tira son sabre hors du fourreau.