Le président haussa les épaules; Maurice, qui ne voulait être en reste avec personne, en fit autant.
Il y eut quelque chose de sombre et de réservé pendant le reste de la séance.
Après la séance, le président, qui était un brave patriote élevé au premier rang du district par le suffrage de ses concitoyens, s'approcha de Maurice et lui dit:
—Viens, Maurice, j'ai à te parler. Maurice suivit le président, qui le conduisit dans un petit cabinet attenant à la chambre des séances.
Arrivé là, il le regarda en face, et, lui posant la main sur l'épaule:
—Maurice, lui dit-il, j'ai connu, j'ai estimé ton père, ce qui fait que je t'estime et que je t'aime. Maurice, crois-moi, tu cours un grand danger en te laissant aller au manque de foi, première décadence d'un esprit vraiment révolutionnaire.
Maurice, mon ami, dès qu'on perd la foi, on perd la fidélité. Tu ne crois pas aux ennemis de la nation: de là vient que tu passes près d'eux sans les voir, et que tu deviens l'instrument de leurs complots sans t'en douter.
—Que diable! citoyen, dit Maurice, je me connais, je suis homme de cœur, zélé patriote; mais mon zèle ne me rend pas fanatique: voilà vingt conspirations prétendues que la République signe toutes du même nom. Je demande, une fois pour toutes, à voir l'éditeur responsable.
—Tu ne crois pas aux conspirateurs, Maurice, dit le président; eh bien, dis-moi, crois-tu à l'œillet rouge pour lequel on a guillotiné hier la fille Tison?
Maurice tressaillit.