—Eh bien! je jure, quelque chose qui m'arrive, dit Maurice en fermant les yeux.
Il s'arrêta.
—Laissez-moi vous voir encore une fois, une seule fois, dit-il, je vous en supplie.
La jeune femme rabattit son capuchon avec un sourire qui n'était pas exempt de coquetterie; et à la lueur de la lune, qui en ce moment même glissait entre deux nuages, il put revoir pour la seconde fois ces longs cheveux pendants en boucles d'ébène, l'arc parfait d'un double sourcil qu'on eût cru dessiné à l'encre de Chine, deux yeux fendus en amande, veloutés et languissants, un nez de la forme la plus exquise, des lèvres fraîches et brillantes comme du corail.
—Oh! vous êtes belle, bien belle, trop belle! s'écria Maurice.
—Fermez les yeux, dit l'inconnue. Maurice obéit. La jeune femme prit ses deux mains dans les siennes, le tourna comme elle voulut. Soudain une chaleur parfumée sembla s'approcher de son visage, et une bouche effleura sa bouche, laissant entre ses deux lèvres la bague qu'il avait refusée.
Ce fut une sensation rapide comme la pensée, brûlante comme une flamme. Maurice ressentit une commotion qui ressemblait presque à la douleur, tant elle était inattendue et profonde, tant elle avait pénétré au fond du cœur et en avait fait frémir les fibres secrètes.
Il fit un brusque mouvement en étendant les bras devant lui.
—Votre serment! cria une voix déjà éloignée.
Maurice appuya ses mains crispées sur ses yeux pour résister à la tentation de se parjurer. Il ne compta plus, il ne pensa plus; il resta muet, immobile, chancelant.