—Eh bien, et nous, donc? dit le concierge.

—Nous ne nous coucherons pas; comme l'a dit le citoyen gendarme, une nuit est bientôt passée.

—Alors, dit Richard, conduisez la citoyenne dans ma chambre.

—Pendant ce temps-là, vous préparerez notre reçu, n'est-ce pas?

—Vous le trouverez en revenant. La femme Richard prit une chandelle qui brûlait sur la table, et marcha la première. Marie-Antoinette la suivit sans mot dire, calme et pâle, comme toujours; deux guichetiers, auxquels la femme Richard fit un signe, fermèrent la marche. On montra à la reine un lit auquel la femme Richard s'empressa de mettre des draps blancs. Les guichetiers s'installèrent aux issues; puis la porte fut refermée à double tour, et Marie-Antoinette se trouva seule. Comment elle passa cette nuit, nul le sait, puisqu'elle la passa face à face avec Dieu. Ce fut le lendemain seulement que la reine fut conduite dans la chambre du conseil, quadrilatère allongé dont le guichet d'entrée donne sur un corridor de la Conciergerie, et que l'on avait coupé dans toute sa longueur par une cloison qui n'atteignait pas à la hauteur du plafond.

L'un des compartiments était la chambre des hommes de garde.

L'autre était celle de la reine.

Une fenêtre grillée de barreaux épais éclairait chacune de ces deux cellules.

Un paravent, substitué à une porte, isolait la reine de ses gardiens, et fermait l'ouverture du milieu.

La totalité de cette chambre était carrelée de briques sur champ.