—Ce serait hideux, dit Lorin; mais enfin cela est possible: l'Autrichienne n'est pas exempte de péché; et, à tort ou à raison, cela ne me regarde pas.... On en a fait une Messaline; mais ne pas se contenter de cela et vouloir en faire une Agrippine, cela me parait un peu fort, je l'avoue.

—Voilà ce qui a été rapporté par Simon, dit Fouquier impassible.

—Je ne doute pas que Simon n'ait dit cela... il y a des hommes qu'aucune accusation n'effraye, même les accusations impossibles.... Mais ne trouves-tu pas, continua Lorin en regardant fixement Fouquier, ne trouves-tu pas, toi qui es un homme intelligent et probe, toi qui es un homme fort enfin, que demander à un enfant de pareils détails sur celle que les lois les plus naturelles et les plus sacrées de la nature lui ordonnent de respecter, c'est presque insulter à l'humanité tout entière dans la personne de cet enfant?

L'accusateur ne sourcilla point; il tira une note de sa poche et la fit voir à Lorin.

—La Convention m'ordonne d'informer, dit-il; le reste ne me regarde pas, j'informe.

—C'est juste, dit Lorin; et j'avoue que, si cet enfant avouait....

Et le jeune homme secoua la tête avec dégoût.

—D'ailleurs, continua Fouquier, ce n'est pas sur la seule dénonciation de Simon que nous procédons; tiens, l'accusation est publique.

Et Fouquier tira un second papier de sa poche. Celui-là, c'était un numéro de la feuille qu'on appelait le Père Duchesne, et qui, comme on le sait, était rédigée par Hébert. L'accusation, en effet, y était formulée en toutes lettres.

—C'est écrit, c'est même imprimé, dit Lorin; mais n'importe, jusqu'à ce que j'aie entendu une pareille accusation sortir de la bouche de l'enfant, je m'entends, sortir volontairement, librement, sans menaces... eh bien...