[Le bouquet de violettes]
La paix, comme on a dû le prévoir, ne pouvait habiter longtemps cette demeure si heureuse qui renfermait Geneviève et Maurice.
Dans les tempêtes qui déchaînent le vent et la foudre, le nid des colombes est agité avec l'arbre qui les recèle.
Geneviève tomba d'un effroi dans un autre; elle ne craignait plus pour Maison-Rouge, elle trembla pour Maurice.
Elle connaissait assez son mari pour savoir que, du moment où il avait disparu, il était sauvé; sûre de son salut, elle trembla pour elle-même.
Elle n'osait confier ses douleurs à l'homme le moins timide de cette époque où personne n'avait peur; mais elles apparaissaient manifestes dans ses yeux rougis et sur ses lèvres pâlissantes.
Un jour, Maurice entra doucement et sans que Geneviève, plongée dans une rêverie profonde, l'entendît entrer. Maurice s'arrêta sur le seuil, et vit Geneviève assise, immobile, les yeux fixes, ses bras inertes étendus sur ses genoux, sa tête pensive inclinée sur sa poitrine.
Il la regarda un instant avec une profonde tristesse; car tout ce qui se passait dans le cœur de la jeune femme lui fut révélé comme s'il eût pu y lire jusqu'à sa dernière pensée.
Puis, faisant un pas vers elle:
—Vous n'aimez plus la France, Geneviève, lui dit-il, avouez-le-moi. Vous fuyez jusqu'à l'air qu'on y respire, et ce n'est pas sans répugnance que vous vous approchez de la fenêtre.