Le guichetier se retourna d'un mouvement si brusque, que le chien aboya contre lui. Il était pâle comme la mort.

—Ne te tourne pas et ne pâlis pas, dit le patriote; achève tranquillement ta soupe au contraire: je ne suis pas un agent provocateur, l'ami. Fais-moi entrer à la Conciergerie, installe-moi à ta place, donne-moi les clefs, et demain je te compte cinquante mille livres en or.

—C'est bien vrai au moins?

—Oh! tu as une fameuse caution, tu as ma tête. Le guichetier médita quelques secondes.

—Allons, dit le patriote, qui le voyait dans sa glace, allons, ne fais pas de mauvaises réflexions; si tu me dénonces, comme tu n'auras fait que ton devoir, la République ne te donnera pas un sou: si tu me sers, comme au contraire tu auras manqué à ce même devoir, et qu'il est injuste dans ce monde de faire quelque chose pour rien, je te donnerai les cinquante mille livres.

—Oh! je comprends bien, dit le guichetier, j'ai tout bénéfice à faire ce que vous demandez; mais je crains les suites...

—Les suites!... et qu'as-tu à craindre? Voyons, ce n'est pas moi qui te dénoncerai, au contraire.

—Sans doute.

—Le lendemain du jour où je suis installé, tu viens faire un tour à la Conciergerie; je te compte vingt-cinq rouleaux contenant chacun deux mille francs; ces vingt-cinq rouleaux tiendront à l'aise dans tes deux poches. Avec l'argent, je te donne une carte pour sortir de France; tu pars, et, partout où tu vas, tu es, sinon riche, du moins indépendant.

—Eh bien, c'est dit, monsieur, arrive qui arrive. Je suis un pauvre diable, moi; je ne me mêle pas de politique; la France a toujours bien marché sans moi, et ne périra pas faute de moi; si vous faites une méchante action, tant pis pour vous.