—Mon père, rassurez-vous, dit le jeune homme en essayant de se calmer lui-même; mon père, croyez-moi, j'ai toute ma raison. La reine est perdue, je le sais; mais que je puisse me prosterner à ses genoux, une seconde seulement, et cela me sauvera la vie; si je ne la vois pas, je me tue, et, comme vous serez la cause de mon désespoir, vous aurez tué à la fois le corps et l'âme.

—Mon fils, mon fils, dit le prêtre, vous me demandez le sacrifice de ma vie, songez-y; tout vieux que je suis, mon existence est encore nécessaire à bien des malheureux; tout vieux que je suis, aller moi-même au-devant de la mort, c'est commettre un suicide.

—Ne me refusez pas, mon père, répliqua le chevalier; écoutez, il vous faut un desservant, un acolyte: prenez-moi, emmenez-moi avec vous.

Le prêtre essaya de rappeler sa fermeté qui commençait à fléchir.

—Non, dit-il, non, ce serait manquer à mes devoirs; j'ai juré la Constitution, je l'ai jurée du fond du cœur, en mon âme et conscience. La femme condamnée est une reine coupable; j'accepterais de mourir si ma mort pouvait être utile à mon prochain; mais je ne veux pas manquer à mon devoir.

—Mais, s'écria le chevalier, quand je vous dis, quand je vous répète; quand je vous jure que je ne veux pas sauver la reine; tenez, sur cet Évangile, tenez, sur ce crucifix, je jure que je ne vais pas à la Conciergerie pour l'empêcher de mourir.

—Alors, que voulez-vous donc? demanda le vieillard ému par cet accent de désespoir que l'on n'imite point.

—Écoutez, dit le chevalier, dont l'âme semblait venir chercher un passage sur ses lèvres, elle fut ma bienfaitrice; elle a pour moi quelque attachement! me voir, à sa dernière heure, sera, j'en suis sûr, une consolation pour elle.

—C'est tout ce que vous voulez? demanda le prêtre ébranlé par cet accent irrésistible.

—Absolument tout.