Elle avait déjà parcouru ainsi impunément, grâce aux précautions qu'elle prenait, une partie de la rue Saint-Honoré, lorsqu'au coin de la rue de Grenelle elle tomba tout à coup, non pas dans une patrouille, mais dans une petite troupe de ces braves enrôlés volontaires qui avaient dîné à la halle au blé, et dont le patriotisme était exalté encore par les nombreux toasts qu'ils avaient portés à leurs futures victoires.
La pauvre femme jeta un cri et essaya de fuir par la rue du Coq.
—Eh! là, là, citoyenne, cria le chef des enrôlés, car déjà, tant le besoin d'être commandé est naturel à l'homme, ces dignes patriotes s'étaient nommés des chefs. Eh! là, là, où vas-tu?
La fugitive ne répondit point et continua de courir.
—En joue! dit le chef, c'est un homme déguisé, un aristocrate qui se sauve!
Et le bruit de deux ou trois fusils retombant irrégulièrement sur des mains un peu trop vacillantes pour être bien sûres, annonça à la pauvre femme le mouvement fatal qui s'exécutait.
—Non, non! s'écria-t-elle en s'arrêtant court et en revenant sur ses pas; non, citoyen, tu te trompes; je ne suis pas un homme.
—Alors, avance à l'ordre, dit le chef, et réponds catégoriquement. Où vas-tu comme cela, charmante belle de nuit?
—Mais, citoyen, je ne vais nulle part.... Je rentre.
—Ah! tu rentres?