Ces braves gens étaient consternés; aussi digne et fière qu'elle avait été avec les autres, aussi bonne et douce la condamnée avait été avec eux: ils semblaient plutôt ses serviteurs que ses gardiens.

Mais, d'où il était, le chevalier ne pouvait apercevoir la reine: le paravent était fermé. Le paravent s'était ouvert pour donner passage au curé, mais il s'était refermé derrière lui. Lorsque le chevalier entra, la conversation était déjà engagée.

—Monsieur, disait la reine de sa voix stridente et fière, puisque vous avez fait serment à la République, au nom de qui on me met à mort, je ne saurais avoir confiance en vous. Nous n'adorons plus le même Dieu!

—Madame, répondit Girard fort ému de cette dédaigneuse profession de foi, une chrétienne qui va mourir doit mourir sans haine dans le cœur, et elle ne doit pas repousser son Dieu, sous quelque forme qu'il se présente à elle.

Maison-Rouge fit un pas pour entr'ouvrir le paravent, espérant que lorsqu'elle l'apercevrait, que lorsqu'elle saurait la cause qui l'amenait, elle changerait d'avis à l'endroit du curé; mais les deux gendarmes firent un mouvement.

—Mais, dit Maison-Rouge, puisque je suis l'acolyte du curé...

—Puisqu'elle refuse le curé, répondit Duchesne, elle n'a pas besoin de son acolyte.

—Mais elle acceptera peut-être, dit le chevalier en haussant la voix; il est impossible qu'elle n'accepte pas.

Mais Marie-Antoinette était trop entièrement au sentiment qui l'agitait pour entendre et reconnaître la voix du chevalier.

—Allez, monsieur, continua-t-elle s'adressant toujours à Girard, allez et laissez-moi: puisque nous vivons à cette heure en France sous un régime de liberté, je réclame celle de mourir à ma fantaisie.