Lorin n'avait qu'à raconter la première disparition de Dixmer; Lorin n'avait qu'à dire les amours de Geneviève et de Maurice; Lorin n'avait enfin qu'à faire connaître la façon dont le mari avait enlevé et caché sa femme dans une retraite impénétrable, pour se disculper de toute connivence en dissipant toute obscurité.
Mais, pour cela, il fallait trahir le secret de ses deux amis; pour cela, il fallait faire rougir Geneviève devant cinq cents personnes; Lorin secoua la tête comme pour se dire non à lui-même.
—Eh bien, demanda le président, que répondrez-vous au citoyen accusateur?
—Que sa logique est écrasante, dit Lorin, et qu'il m'a convaincu d'une chose dont je ne me doutais même pas.
—Laquelle?
—C'est que je suis, à ce qu'il paraît, un des plus affreux conspirateurs qu'on ait encore vus.
Cette déclaration souleva une hilarité universelle. Les jurés eux-mêmes n'y purent tenir, tant ce jeune homme avait prononcé ces paroles avec l'intonation qui leur convenait.
Fouquier sentit toute la raillerie; et comme, dans son infatigable persévérance, il en était arrivé à connaître tous les secrets des accusés aussi bien que les accusés eux-mêmes, il ne put se défendre envers Lorin d'un sentiment d'admiration compatissante.
—Voyons, dit-il, citoyen Lorin, parle, défends-toi. Le tribunal t'écoutera; car il connaît ton passé, et ton passé est celui d'un brave républicain.
Simon voulut parler; le président lui fit signe de se taire.