D'Harmental prit le papier, le déplia avec le même calme que s'il se fût agi de la chose la plus insignifiante et lut à demi-voix ce qui suit:
Rapport du 27 mars, 2 heures du matin:
«Cette nuit, à dix heures, monsieur le régent a reçu un courrier de Londres qui lui annonce pour demain 28 l'arrivée de l'abbé Dubois. Comme, par hasard, monsieur le régent soupait chez Madame, la dépêche a pu lui être remise malgré l'heure avancée. Quelques instants auparavant, mademoiselle de Chartres avait demandé à son père la permission d'aller faire ses dévotions à l'abbaye de Chelles, et il avait été convenu que le régent l'y conduirait; mais, au reçu de cette lettre, cette détermination a été changée, et monsieur le régent a fait écrire au conseil de se réunir aujourd'hui à midi.
À trois heures, M. le régent ira saluer Sa Majesté aux Tuileries; il lui a fait demander un entretien en tête-à-tête, car il commence à s'impatienter de l'entêtement de M. le maréchal de Villeroy, qui prétend toujours devoir être présent lors des entrevues de M. le régent et de Sa Majesté. Le bruit court sourdement que, si cet entêtement continue, les choses pourront bien mal tourner pour le maréchal.
À six heures, M. le régent, le chevalier de Simiane et le chevalier de Ravanne vont souper chez madame de Sabran.»
—Ah! ah! fit d'Harmental.
Et il relut les deux dernières lignes en pesant sur chacun des mots.
—Eh bien! que pensez-vous de ce petit paragraphe? dit l'abbé.
Le chevalier sauta en bas de son lit, passa sa robe de chambre, tira du tiroir de sa commode un ruban ponceau, prit sur son secrétaire un marteau et un clou et ayant ouvert sa fenêtre, non sans jeter à la dérobée un coup d'œil sur celle de sa voisine, il cloua le ruban contre le mur extérieur.
—Voici ma réponse, dit le chevalier.