—Un instant, un instant, Ravanne, interrompit Lafare. J'ai quelques explications à donner à monsieur d'Harmental.
—Monsieur Lafare, répondit le chevalier votre courage est si parfaitement connu que les explications que vous m'offrez sont une preuve de délicatesse dont, croyez-moi bien, je vous sais un gré parfait; mais ces explications ne feraient que nous retarder inutilement, et nous n'avons, je crois, pas de temps à perdre.
—Bravo! dit Ravanne; voilà ce qui s'appelle parler, chevalier; une fois que nous nous serons coupé la gorge, j'espère que vous m'accorderez votre amitié. J'ai fort entendu parler de vous en bon lieu, et il y a longtemps que je désirais faire votre connaissance.
Les deux hommes se saluèrent de nouveau.
—Allons, allons, Ravanne, dit Fargy, puisque tu t'es chargé d'être notre guide, montre-nous le chemin.
Ravanne sauta aussitôt dans le bois comme un jeune faon. Ses cinq compagnons le suivirent. Les chevaux de main et le carrosse de louage restèrent sur la route.
Au bout de dix minutes de marche, pendant lesquelles les six adversaires avaient gardé le plus profond silence, soit de peur d'être entendus, soit par ce sentiment naturel qui fait qu'au moment de courir un danger l'homme se replie un instant sur lui-même, on se trouva au milieu d'une clairière entourée de tous côtés d'un rideau d'arbres.
—Eh bien! messieurs, dit Ravanne en jetant un regard satisfait autour de lui, que dites-vous de la localité?
—Je dis que si vous vous vantez de l'avoir découverte dit le capitaine, vous me faites l'effet d'un drôle de Christophe Colomb! Vous n'aviez qu'à me dire que c'était ici que vous vouliez aller, et je vous y aurais conduit les yeux fermés, moi.
—Eh bien! monsieur, répondit Ravanne, nous tacherons que vous en sortiez comme vous y seriez venu.