Bathilde était fort embarrassée; elle avait vu du premier coup d'œil que ce papier renfermait trois ou quatre lignes d'écriture. Or, évidemment, de quelque amitié subite que son voisin se fût senti pris pour Mirza, ce n'était point à Mirza qu'il écrivait: la lettre était donc pour Bathilde.
Mais que faire de cette lettre? se lever et la déchirer, c'était certainement bien noble et bien digne; mais si aussi, comme à la rigueur la chose était possible, ce papier, qui avait servi d'enveloppe, était écrit depuis longtemps, l'acte de sévérité en question devenait bien ridicule; il indiquait, en outre, qu'on avait pensé que ce pouvait être une lettre et si ce n'en était pas une, une pareille pensée était bien étrange. Bathilde résolut donc de laisser les choses dans l'état où elles étaient. Le chevalier ne devait pas la croire chez elle puisqu'elle n'avait point paru; il ne pouvait donc tirer aucune conséquence de ce que la lettre restait intacte, puisque la lettre restait à terre: elle continua donc de travailler, ou plutôt de réfléchir, cachée derrière son rideau, comme probablement le chevalier était caché derrière le sien.
Au bout d'une heure d'attente, à peu près, pendant laquelle Bathilde, il faut l'avouer, passa bien trois quarts d'heure les yeux fixés sur la lettre, Nanette entra; Bathilde, sans changer de place, lui ordonna de fermer la fenêtre.
Nanette obéit, mais en revenant elle vit le papier.
—Qu'est-ce que c'est que cela? demanda la bonne femme en se baissant pour le ramasser.
—Rien, répondit vivement Bathilde, oubliant que Nanette ne savait pas lire, quelque papier qui sera tombé de ma poche.... Puis, après une pause d'un instant et un effort visible sur elle-même,—et qu'il faut jeter au feu, ajouta-t elle.
—Mais, cependant, si c'était un papier important, dit Nanette. Voyez au moins ce que c'est, notre demoiselle.
Et Nanette présenta à Bathilde le papier tout ouvert, et du côté de l'écriture.
La tentation était trop forte pour y résister. Bathilde jeta les yeux sur le papier, en affectant autant qu'il était en son pouvoir un air d'indifférence, et lut ce qui suit:
«On vous dit orpheline: je suis sans parents; nous sommes donc frère et sœur devant Dieu. Ce soir je cours un grand danger, mais j'espérerais en sortir sain et sauf, si ma sœur Bathilde voulait prier pour son frère Raoul.»