—D'aujourd'hui en six semaines, jour pour jour, madame la duchesse du Maine vous attend à Sceaux.

—Mais au moins, l'abbé, vous me permettrez bien d'écrire deux lignes?

—Deux lignes, soit! je ne veux pas être trop exigeant. Le chevalier se mit à une table et écrivit:

«Chère Bathilde, aujourd'hui c'est plus qu'un danger qui me menace, c'est un malheur qui m'atteint. Je suis forcé de partir à l'instant même sans vous revoir, sans vous dire adieu. Je serai six semaines absent. Au nom du ciel!

Bathilde, n'oubliez pas celui qui ne sera pas une heure sans penser à vous.

Raoul.»

Cette lettre terminée, pliée et cachetée, le chevalier se leva et alla à sa fenêtre; mais, comme nous l'avons dit, celle de sa voisine s'était refermée à l'apparition de l'abbé Brigaud. Il n'y avait donc aucun moyen de faire passer à Bathilde la dépêche qui lui était destinée. D'Harmental laissa échapper un geste d'impatience. En ce moment on gratta doucement à la porte; l'abbé ouvrit et Mirza, qui, guidée par son instinct et sa gourmandise, avait trouvé la chambre du jeteur de bonbons, parut sur le seuil et entra en faisant mille démonstrations de joie.

—Eh bien! dit Brigaud, dites encore qu'il n'y a pas un bon Dieu pour les amants! Vous cherchiez un messager, en voilà justement un qui vous arrive.

—L'abbé! l'abbé! dit d'Harmental en secouant la tête prenez garde d'entrer dans mes secrets plus avant que la chose ne me conviendra!

—Allons donc! répondit Brigaud, un confesseur, mon cher, c'est un abîme!