—Vous êtes venus assister à une grande solennité, messieurs, répondit Malezieux; vous venez assister à la réception d'un nouveau chevalier de la Mouche-à-Miel.
—Peste! dit d'Harmental, un peu piqué qu'on ne lui eût pas même laissé la faculté de passer par la rue du Temps-Perdu avant de venir à Sceaux. Je comprends alors pourquoi madame du Maine nous avait fait recommander à tous d'être si exacts au rendez-vous; et quant à moi, je suis fort reconnaissant à Son Altesse.
—D'abord, jeune homme, interrompit Malezieux, il n'y a ici ni madame du Maine ni Altesse, il y a la belle fée Ludovise, la reine des Abeilles, à laquelle chacun doit obéir aveuglément. Or, notre reine est la toute-sagesse comme elle est la toute-puissance. Et quand vous saurez quel est le chevalier de la Mouche que nous recevons en ce moment, peut-être ne regretterez vous plus si fort la diligence que vous avez faite.
—Et qui recevons-nous? demanda Valef, qui arrivant de plus loin était naturellement le plus pressé de savoir pourquoi on l'avait fait venir.
—Nous recevons Son Excellence le prince de Cellamare.
—Ah! ah! C'est autre chose, fit Pompadour, et je commence à comprendre.
—Et moi aussi, dit Valef.
—Et moi aussi, dit d'Harmental.
—Très bien! très bien! répondit en souriant Malezieux, et avant la fin de la nuit vous comprendrez mieux encore. En attendant, laissez-vous conduire. Ce n'est point la première fois que vous entrez quelque part les yeux bandés, n'est-ce pas monsieur d'Harmental?
Et à ces mots, Malezieux s'avança vers un petit homme à la figure plate, aux longs cheveux collants, aux regards envieux, qui paraissait tout embarrassé de se trouver en si noble compagnie, et que d'Harmental voyait pour la première fois. Aussi demanda-t-il aussitôt à Pompadour quel était ce petit homme. Pompadour lui répondit que c'était le poète Lagrange-Chancel.