—Cela prouve que vous êtes un habitué de l'Opéra, mon cher chevalier, dit la duchesse du Maine, et que vous appréciez comme il convient le talent de mademoiselle Bury.

—Comment! cette voix que je viens d'entendre est celle de mademoiselle Bury? demanda d'Harmental avec étonnement.

—Elle-même, monsieur, et si vous n'en croyez point ma parole, reprit la duchesse d'un ton où perçait une légère nuance de dépit, permettez-moi de prendre le bras de Laval ou de Pompadour, et allez vous en assurer vous même.

—Oh! madame, dit d'Harmental en retenant respectueusement la main que la duchesse avait fait un mouvement pour retirer, que Votre Altesse m'excuse. Nous sommes dans les jardins d'Armide, et un moment d'erreur est permis au milieu de pareils enchantements.

Et présentant de nouveau son bras à la duchesse, il s'éloigna avec elle dans la direction du château.

En cet instant, un faible cri se fit entendre, et, si faible qu'il fût, arriva au cœur de d'Harmental, qui se retourna presque malgré lui.

—Qu'y a-t-il? demanda la duchesse du Maine, avec une inquiétude mêlée d'impatience.

—Rien, rien, dit Richelieu, c'est la petite Bury qui a ses vapeurs; mais rassurez-vous, madame la duchesse, je connais la maladie: elle n'est point dangereuse... et même, si vous le désirez bien fort, j'irai prendre demain de ses nouvelles.

Deux heures après ce petit accident, qui du reste était trop peu de chose pour troubler en rien la fête, le chevalier d'Harmental ramené à Paris par l'abbé Brigaud, rentrait dans sa petite mansarde de la rue du Temps-Perdu, de laquelle il était absent depuis six semaines.