—Attendez donc, madame la marquise; sans indiscrétion est-ce que monsieur de Parabère a toujours un faible pour le vin de Chambertin et de Romance?
—J'en ai peur, dit la marquise.
—Alors, monseigneur, nous sommes sauvés! J'invite monsieur le marquis à souper dans ma petite maison, avec une douzaine de mauvais sujets et de femmes charmantes! vous y envoyez Dubois....
—Comment! Dubois? demanda le régent.
—Sans doute; il faut bien quelqu'un qui nous conserve sa tête. Comme Dubois ne peut pas boire, et pour cause, il se chargera de faire boire le marquis; et quand tout le monde sera sous la table, il le démêlera au milieu de nous tous, il en fera ce qu'il voudra. Le reste regarde la marquise.
—Quand je vous le disais, marquise, reprit le régent en frappant dans ses mains, que Richelieu était de bon conseil! Tenez, duc, continua-t-il, vous devriez renoncer à rôder autour de certains palais, laisser la vieille tranquillement mourir à Saint-Cyr, le boiteux rimer ses vers à Sceaux, et vous rallier franchement à nous. Je vous donnerais dans mon cabinet la place de cette vieille caboche de d'Uxelles, et les choses n'en iraient peut être pas plus mal....
—Oui-da! répondis-je, je le crois bien, mais la chose est impossible: j'ai d'autres visées.
—Mauvaise tête! murmura le régent.
—Et monsieur de Parabère? demanda le chevalier d'Harmental, curieux de connaître la fin de l'histoire.
—Monsieur de Parabère! eh bien! mais tout se passa comme la chose avait été arrêtée. Il s'endormit chez moi, et se réveilla chez sa femme. Vous comprenez qu'il a fait grand bruit, mais il n'y avait plus moyen de crier au scandale et d'intenter un procès. Sa voiture avait passé la nuit à la porte, et tous les domestiques l'avaient vu entrer et sortir, de sorte que nous attendîmes tranquillement, quoique avec une certaine impatience, de savoir à qui l'enfant ressemblerait, de monsieur de Parabère, du régent ou de moi.