Mais il faut compter d'enlever au moins la moitié de l'armée du duc d'Orléans (Buvat tressaillit). C'est ici le point décisif, cela ne peut s'exécuter sans argent. Une gratification de 100.000 livres est nécessaire par bataillon et par escadron.
Vingt bataillons, c'est deux millions: avec cette somme on forme une armée sûre: on détruit celle de l'ennemi.
Il est presque certain que les sujets les plus dévoués du roi d'Espagne ne seront pas employés dans l'armée qui marchera contre lui, qu'ils se dispersent dans les provinces: là ils agiront utilement; les revêtir d'un caractère, s'ils n'en ont pas: dans ce cas, il est nécessaire que Sa Majesté Catholique envoie des ordres en blanc que son ministre à Paris puisse remplir.
Attendu la multiplicité des ordres à donner, il convient que l'ambassadeur ait pouvoir de signer pour le roi d'Espagne.
Il convient encore que Sa Majesté Catholique signe ses ordres comme fils de France: c'est là son titre.
Faire un fonds pour une armée de trente mille hommes que Sa Majesté trouvera ferme, aguerrie et disciplinée.
Ce fonds, arrivé en France à la fin de mai ou au commencement de juin doit être distribué immédiatement dans les capitales des provinces, telles que Nantes, Bayonne, etc., etc.
Ne pas laisser sortir d'Espagne l'ambassadeur de France; sa présence répondra de la sûreté de ceux qui se déclareront.»
—Sabre de bois! s'écria Buvat en se frottant les yeux, mais c'est une conspiration! une conspiration contre la personne du régent et contre la sûreté du royaume. Oh! oh!
Et Buvat tomba dans une méditation profonde.