—Art de plumer la poule sans la faire crier. Paris, 1709, chez Comon, rue du Bac, n° 110. Allons, voilà que je mets l'adresse du prince, maintenant. Ah! ma parole d'honneur, ma tête se perd, je deviens fou! Mais si j'allais tout déclarer, en refusant de nommer celui qui m'a donné ces papiers à copier.... Oui, mais ils me forceront à tout dire, ils ont des moyens pour cela. C'est incroyable comme je bats la campagne. Allons, Buvat, mon ami, à ton affaire!

—Conspiration du chevalier Louis de Rohan. Ah çà! mais je ne tombe donc que sur des conspirations! Qu'est-ce qu'il avait donc fait celui-là?... Il avait voulu soulever la Normandie. Mais, je me rappelle, c'est ce pauvre garçon qui a été exécuté en 1674, quatre années avant celle de ma naissance. Ma mère l'a vu mourir. Pauvre garçon!... Elle m'a souvent raconté cela. Ô mon Dieu! qui est-ce qui lui aurait dit à ma pauvre mère!... Et puis on en a pendu un autre en même temps, un grand maigre habillé tout en noir. Comment s'appelait-il donc?... Ah! bien, j'ai le livre là!... je suis bien bête!... Ah! oui, Van den Enden. C'est cela. Copie d'un plan de gouvernement trouvé dans les papiers de monsieur de Rohan et entièrement écrit de la main de Van den Enden. Ah! mon Dieu!... Eh bien! c'est justement mon affaire: pendu! pour avoir copié un plan.... Oh! là, là! J'ai le ventre qui se retourne.

—Procès-verbal de torture de François-Affinius Van den Enden. Miséricorde! si on allait lire un jour à la fin de la conjuration du prince de Listhnay: Procès-verbal de torture de Jean Buvat. Ouf! «L'an mil six cent soixante-quatorze, etc.: nous, Claude Bazin, chevalier de Bezons, et Auguste-Robert de Pomereu, nous sommes transportés au château de la Bastille, assistés de Louis Le Mazier, conseiller et secrétaire du roi, etc., etc., et, étant dans une des tours d'icelui château, avons fait mander et venir Francois-Affinius Van den Enden, condamné à mort par ledit arrêt, et à être appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, et après serment fait par lui de dire la vérité, lui avons remontré qu'il n'avait pas tout dit ce qu'il savait des conspirations et desseins de révolte des sieurs Rohan et Latréaumont.

À répondu qu'il avait dit tout ce qu'il savait, et qu'étranger à la conspiration et n'ayant fait qu'en copier différentes pièces, il ne pouvait en dire davantage.

Alors lui avons fait appliquer les brodequins.»

—Monsieur, vous qui êtes instruit, dit Buvat à son commis d'ordre, pourrai-je sans indiscrétion vous demander ce que c'était que l'instrument de torture appelé brodequin?

—Mon cher monsieur Buvat, répondit l'employé, visiblement flatté du compliment que lui adressait le bonhomme, je puis vous en parler savamment, j'ai vu donner la question l'année passée à Duchauffour.

—Alors, monsieur, je serais curieux de savoir....

—Les brodequins, mon cher Buvat, reprit d'un ton important monsieur Ducoudray, ne sont rien autre chose que quatre planches à peu près pareilles à des douves de tonneaux.

—Très bien!