—Eh bien! eh bien! qu'est-ce que vous avez donc, Buvat? s'écria Ducoudray en voyant le bonhomme pâlir et chanceler. Eh bien! voilà que vous vous trouvez mal!

—Ah! monsieur Ducoudray, dit Buvat, laissant tomber le livre en se traînant jusqu'à son fauteuil, comme si ses jambes brisées ne pouvaient plus le soutenir; ah! monsieur Ducoudray, je sens que je m'en vais!

—Voilà ce que c'est que de faire la lecture au lieu de travailler, dit l'employé; si vous vous contentiez d'inscrire vos titres sur votre registre et de coller vos étiquettes sur le dos de vos volumes, cela ne vous arriverait pas. Mais monsieur Buvat lit! monsieur Buvat veut s'instruire!

—Eh bien! père Buvat, cela va-t-il mieux? dit Ducoudray.

—Oui, monsieur, car ma résolution est prise, prise irrévocablement, il ne serait pas juste, ma foi! que je portasse la peine d'un crime que je n'ai pas commis. Je me dois à la société, à ma pupille; à moi-même. Monsieur Ducoudray, si monsieur le conservateur me demande, vous direz que je suis sorti pour une affaire indispensable.

Et Buvat, tirant le rouleau de papier de son bureau, enfonça son chapeau sur sa tête, prit sa canne à pleine main, et sortit sans se retourner et avec la majesté du désespoir.

—Savez-vous où il va? dit l'employé lorsqu'il fut parti.

—Non, répondit Ducoudray.

—Eh bien! il va jouer au cochonnet aux Champs-Élysées ou aux Porcherons.

L'employé se trompait. Buvat n'allait ni aux Champs-Élysées ni aux Porcherons.