—Merci, monseigneur, répondit Buvat en tressaillant, je ne suis pas fatigué.
—Pardon, pardon, dit Dubois, je vois vos jambes qui tremblent.
En effet, depuis qu'il avait lu le procès-verbal de question de Van den Enden, Buvat avait conservé dans les jambes un tremblement nerveux à peu près semblable à celui qu'on remarque dans les chiens quand ils viennent d'avoir la maladie.
—Le fait est, monseigneur, dit Buvat, que je ne sais pas ce que j'ai depuis deux heures, mais j'éprouve une véritable difficulté à me tenir debout.
—Asseyez-vous donc alors, et causons comme deux bons amis.
Buvat regarda Dubois d'un air de stupéfaction qui, dans tout autre moment, l'eût fait éclater de rire. Mais Dubois n'eut pas l'air de s'apercevoir de son étonnement, et, tirant une chaise qui était à sa portée, il lui renouvela du geste l'invitation qu'il venait de lui faire de la voix. Il n'y avait pas moyen de reculer. Le bonhomme s'approcha en chancelant, s'assit sur le bord de sa chaise, posa son chapeau à terre, serra sa canne entre ses jambes, appuya ses deux mains sur sa pomme d'ivoire, et attendit. Mais cette action ne s'était pas accomplie sans une violente commotion intérieure, ainsi que pouvait l'attester son visage, qui, de blanc comme un lis qu'il était en entrant, était devenu rouge comme une pivoine.
—Ainsi, mon cher monsieur Buvat, dit Dubois, vous dites donc que vous faites des copies?
—Oui, monseigneur.
—Et cela vous rapporte?
—Bien peu de chose, monseigneur, bien peu de chose.