—Comment cela, mon cher duc?
—Oui, la facilité de Votre Altesse n'a déjà donné que trop de prise à la calomnie.
—Ah! si ce n'est que cela, mon cher duc, il y a si longtemps qu'elle mord sur moi, qu'elle doit commencer à se lasser.
—Au contraire, monseigneur, reprit Saint-Simon, il faut qu'il se machine quelque chose de nouveau contre vous, car elle se redresse plus sifflante et plus venimeuse que jamais.
—Eh bien! voyons, qu'y a-t-il encore?
—Il y a que tout à l'heure, en sortant de vêpres, il y avait sur les degrés de Saint-Roch un pauvre qui demandait l'aumône en chantant, et qui, tout en chantant, offrait à ceux qui sortaient des apparences de complaintes. Or, savez-vous ce que c'étaient que ces complaintes, monseigneur?
—Non, quelque noël, quelque pamphlet contre Law, contre cette pauvre duchesse de Berry, contre moi-même, peut-être. Oh! mon cher duc, il faut les laisser chanter: si seulement ils payaient!
—Tenez, monseigneur, lisez! dit Saint-Simon.
Et il présenta au duc et Orléans un papier grossier imprimé à la manière des chansons qui se chantent dans les rues. Le prince le prit en haussant les épaules, et y jetant les yeux avec un inexprimable sentiment de dégoût, il commença de lire:
Vous dont l'éloquence rapide
Contre deux tyrans inhumains
Eut jadis l'audace intrépide
D'armer les Grecs et les Romains
Contre un monstre encore plus farouche
Mettez votre fiel dans ma bouche
Je brûle de suivre vos pas,
Et je vais tenter cet ouvrage
Plus charmé de votre courage
Qu'effrayé de votre trépas!