—La citation n'est-elle pas juste? Vous me parlez de la sibylle de Cumes, je vous réponds dans sa langue; vous me demandez du positif, je vous en donne; mais vous autres mortels, vous n'êtes jamais satisfaits.
—Non, car j'avoue que cette science du passé et du présent m'inspire une terrible envie de connaître l'avenir.
—Il y a toujours deux avenirs, dit le masque; il y a l'avenir des cœurs faibles, et l'avenir des cœurs forts. Dieu a donné à l'homme le libre arbitre, afin qu'il pût choisir. Votre avenir dépend de vous.
—Encore faut-il les connaître, ces deux avenirs, pour choisir le meilleur.
—Eh bien! il y en a un qui vous attend quelque part, aux environs de Nevers, dans le fond d'une province, entre les lapins de votre garenne et les poules de votre basse-cour. Celui-là vous conduira droit au banc de marguillier de la paroisse. C'est d'une ambition facile, et il n'y a qu'à vous laisser faire pour l'atteindre: vous êtes sur la route.
—Et l'autre? répliqua le chevalier, visiblement piqué que l'on pût supposer qu'en aucun cas un pareil avenir serait jamais le sien.
—L'autre, dit l'inconnue en appuyant son bras sur le bras du jeune gentilhomme, et en fixant sur lui ses yeux à travers son masque; l'autre vous rejettera dans le bruit et dans la lumière; l'autre fera de vous un des acteurs de la scène qui se joue dans le monde; l'autre, que vous perdiez ou que vous gagniez, vous laissera du moins le renom d'un grand joueur.
—Si je perds, que perdrai-je? demanda le chevalier.
—La vie probablement.
Le chevalier fit un geste de mépris.