—Mais rien que de bien simple, chevalier. Nous avons fait ensemble et de compte à demi une première tentative qui a échoué. Alors vous avez changé de batteries: vous avez cru pouvoir vous passer de moi, et vous avez échoué encore. La première fois, vous aviez échoué nuitamment et sans bruit; nous avons tiré chacun de notre côté, et il n'a plus été question de rien. La seconde fois, au contraire, vous avez échoué en plein jour et avec un éclat qui vous a compromis tous; si bien que, si vous ne vous tirez pas de là par un coup de Jarnac, vous êtes tous perdus, attendu que l'ami Dubois sait vos noms, et que demain, ce soir peut-être, vous serez tous arrêtés, chevaliers, barons, duc et princes. Or, il y a au monde un homme, un seul homme, qui peut vous tirer tous d'embarras, cet homme c'est ce bon capitaine Roquefinette. Et voilà que vous lui offrez la même place qu'il occupait dans la première affaire! Allons donc! Voilà que vous marchandez avec lui! Fi, chevalier! Que diable! Vous comprenez: les prétentions s'accroissent en raison des services qu'on peut rendre. Or, me voilà devenu un personnage fort important, moi. Traitez-moi en conséquence, ou je mets mes mains dans mes poches et je laisse faire Dubois.
D'Harmental se mordit les lèvres jusqu'au sang, mais il comprit qu'il avait affaire à un vieux condottiere, habitué à vendre ses services le plus cher possible, et comme ce que le capitaine venait d'exposer du besoin qu'on avait de lui était littéralement vrai, il comprima son impatience et fit taire son orgueil.
—Ainsi donc, reprit d'Harmental, vous voulez être colonel.
—C'est mon idée, reprit Roquefinette.
—Mais supposez que je vous fasse cette promesse, qui peut répondre que j'aurai l'influence de la faire ratifier?
—Aussi, chevalier, je compte bien manipuler mes petites affaires moi même.
—Où cela?
—À Madrid, donc!
—Qui vous dit que je vous y mène?
—Je ne sais pas si vous m'y menez, mais je sais que j'y vais.