—Mais c'est une trahison! s'écria d'Harmental.
—Une trahison, chevalier? Et où avez-vous vu, s'il vous plaît, que le capitaine Roquefinette fût un traître? Où sont les conventions faites que je n'ai pas tenues? où sont les secrets que j'ai divulgués? Moi, un traître! mille dieux! chevalier. Pas plus tard qu'avant-hier, on m'a offert gros comme moi d'or pour être un traître, et j'ai refusé. Non, non! Vous êtes venu me demander hier de vous seconder une deuxième fois; je vous ai dit que je ne demandais pas mieux, mais à de nouvelles conditions. Eh bien! ces conditions, ce sont celles que je viens de vous dire. C'est à prendre ou à laisser. Où voyez-vous une trahison dans tout cela?
—Et quand je serais assez lâche pour les accepter, ces conditions, monsieur, croyez-vous que la confiance que le chevalier d'Harmental inspire à Son Altesse Royale la duchesse du Maine se reporterait sur le capitaine Roquefinette?
—Que diable la duchesse du Maine a-t-elle à voir dans tout ceci? Vous vous êtes chargé d'une affaire; il y a des empêchements matériels à ce que vous l'accomplissiez par vous-même; vous me passez procuration, voilà tout.
—C'est-à-dire, n'est-ce pas, reprit d'Harmental en secouant la tête, que vous voulez être maître de lâcher le régent, si le régent vous offre pour le laisser en France le double de ce que je vous donne, moi, pour le conduire en Espagne?
—Peut-être, dit Roquefinette d'un ton goguenard.
—Tenez, capitaine, dit d'Harmental en faisant un nouvel effort sur lui-même pour conserver son sang-froid, et en essayant de renouer les négociations, tenez, je vous donne vingt mille livres comptant.
—Chanson! reprit Roquefinette.
—Je vous emmène avec moi en Espagne.
—Tarare! dit le capitaine.