—Mais ces copies que vous faisiez pour lui?...
—Des manifestes, des proclamations, des actes incendiaires; une révolte générale, la Bretagne... la Normandie... les états généraux... le roi d'Espagne.... Et c'est moi qui ai découvert tout cela.
—Vous! s'écria Bathilde épouvantée.
—Oui, moi, que monseigneur le régent vient d'appeler le sauveur de la France; moi à qui il va payer mes arriérés!
—Mon père, mon père, dit Bathilde, vous avez parlé de conspirateurs; savez-vous les noms de ces conspirateurs?
—D'abord monsieur le duc du Maine; comprends-tu, ce misérable bâtard qui conspire contre un homme comme monseigneur le régent! Puis un comte de Laval, un marquis de Pompadour, un baron de Valef, le prince de Cellamare, l'abbé Brigaud, ce malheureux abbé Brigaud. Imagine-toi que j'ai copié la liste....
—Mon père, dit Bathilde haletant de crainte, mon père, parmi tous ces noms-là, n'avez-vous pas lu le nom... le nom... du... chevalier.... Raoul d'Harmental?...
—Ah! je crois bien, s'écria Buvat, le chevalier Raoul d'Harmental! c'est le chef de la conjuration; mais le régent les connaît tous. Ce soir ils seront tous arrêtés, et demain pendus, écartelés, roués vifs.
—Oh! malheureux! malheureux que vous êtes! s'écria Bathilde en se tordant les bras, vous avez tué l'homme que j'aime. Mais je vous le jure par ma mère, monsieur, s'il meurt, je mourrai.
Et songeant qu'elle aurait peut-être encore le temps de prévenir Raoul du danger qui le menaçait, Bathilde, laissant Buvat atterré s'élança vers la porte de la chambre, descendit l'escalier comme si elle eût eu des ailes, traversa la rue en deux bonds, monta l'escalier presque sans toucher les marches, et, haletante, épuisée, mourante, vint heurter la porte de d'Harmental, qui, mal fermée par le chevalier, céda au premier effort de Bathilde, et en s'ouvrant lui laissa voir le cadavre du capitaine, étendu sur le carreau et nageant dans une mare de sang.