—Puisque Son Altesse le permet venez donc vite, madame, dit Bathilde en entraînant madame de Mouchy, car en ce moment, chaque minute a pour moi la valeur d'une année.

Un quart d'heure après, Bathilde et madame de Mouchy étaient à l'hôtel de Richelieu. Contre toute attente, le duc était chez lui. Madame de Mouchy se fit annoncer. Elle fut introduite aussitôt, et elle entra suivie de Bathilde. Les deux femmes trouvèrent monsieur de Richelieu occupé avec Raffé, son secrétaire, à brûler une foule de lettres inutiles, et à en mettre quelques autres à part.

—Eh! bon Dieu! madame, dit le duc en apercevant madame de Mouchy, et en venant à elle le sourire sur les lèvres, quel bon vent vous amène, et à quel événement dois-je cette bonne fortune de vous recevoir chez moi à huit heures et demie du soir?

—Au désir de vous faire faire une belle action, duc.

—Ah! vraiment! en ce cas pressez-vous, madame.

—Est-ce que vous quittez Paris ce soir, par hasard?

—Non, mais je pars demain matin pour la Bastille.

—Quelle est cette plaisanterie?

—Je vous prie de croire, madame, que je ne plaisante jamais quand il s'agit de quitter mon hôtel, où je suis très bien, pour celui du roi, où je suis très mal. Je le connais, c'est la troisième fois que j'y retourne.

—Mais, qui peut vous faire croire que vous serez arrêté demain?