—Une grâce? Et laquelle?
—Voyez d'abord qui je suis, monseigneur, dit Bathilde et ensuite peut-être oserai-je parler. Et elle tendit la lettre, sur laquelle reposait son seul espoir, au duc d'Orléans.
Le régent prit la lettre, regardant tour à tour le papier et la jeune fille, et, s'approchant d'une bougie qui brûlait sur la cheminée, reconnut sa propre écriture, reporta de nouveau ses yeux sur la jeune fille, et lut ce qui suit:
«Madame, votre mari est mort pour la France et pour moi; ni la France ni moi ne pouvons vous rendre votre mari; mais souvenez-vous que si jamais vous aviez besoin de quelque chose, nous sommes tous les deux vos débiteurs.
Votre affectionné,
Philippe d'Orléans.»
—Je reconnais parfaitement cette lettre pour être de moi, mademoiselle, dit le régent; mais, à la honte de ma mémoire, je vous en demande pardon, je ne me rappelle plus à qui elle a été écrite.
—Voyez l'adresse, monseigneur, dit Bathilde un peu rassurée par l'expression de parfaite bienveillance peinte sur le visage du duc.
—Clarice du Rocher!... s'écria le régent. Oui en effet, je me rappelle maintenant. J'ai écrit cette lettre d'Espagne, après la mort d'Albert, qui a été tué à la bataille d'Almanza; j'ai écrit cette lettre à sa veuve. Comment cette lettre se trouve-t-elle entre vos mains, mademoiselle?
—Hélas! monseigneur, je suis la fille d'Albert et de Clarice.