—Non, ma foi! dit le prince, je me risque; je suis Napolitain et je crois aux présages. Si vous me versez, ce sera signe qu'il faut nous en tenir où nous en sommes; si vous me conduisez à bon port, cela voudra dire que nous pouvons aller de l'avant.

—Pompadour, vous reconduirez monsieur d'Harmental? dit la duchesse.

—Volontiers, répondit le marquis; il y a longtemps que nous ne nous étions vus, et nous avons mille choses à nous dire.

—Ne pourrai-je pas prendre congé de ma spirituelle chauve-souris? demanda d'Harmental; car je n'oublie pas que c'est à elle que je dois le bonheur d'avoir offert mes services à Votre Altesse.

—Delaunay! dit la duchesse en reconduisant jusqu'à la porte le prince de Cellamare et le comte de Laval, Delaunay! voici monsieur le chevalier d'Harmental qui prétend que vous êtes la plus grande sorcière qu'il ait vue de sa vie.

—Eh bien! dit en entrant, le sourire sur les lèvres, celle qui a laissé depuis de si charmants mémoires sous le nom de madame de Staël, croyez-vous à mes prophéties maintenant; monsieur le chevalier?

—J'y crois, parce que j'espère, répondit le chevalier; mais à cette heure que je connais la fée qui vous avait envoyée, ce n'est point ce que vous m'avez prédit pour l'avenir qui m'étonne le plus. Comment avez-vous pu être si bien instruite du passé et surtout du présent?

—Allons, Delaunay, dit en riant la duchesse, sois bonne pour lui et ne le tourmente pas davantage; autrement il croirait que nous sommes deux magiciennes, et il aurait peur de nous.

—N'y a-t-il pas quelqu'un de vos amis, chevalier, demanda mademoiselle Delaunay, qui vous ait quitté ce matin au bois de Boulogne pour nous venir dire adieu?

—Valef! Valef! s'écria d'Harmental. Je comprends maintenant.