—Patience, monseigneur; lorsque M. le comte de Haga vint pour la première fois en France, il n'était que prince royal; alors, il dîna chez le feu roi, qui avait reçu douze bouteilles de tokay de Sa Majesté l'empereur d'Autriche. Vous savez que le tokay premier cru est réservé pour la cave des empereurs, et que les souverains eux-mêmes ne boivent de ce cru qu'autant que Sa Majesté l'empereur veut bien leur en envoyer?

—Je le sais.

—Eh bien! monseigneur, de ces douze bouteilles dont le prince royal goûta, et qu'il trouva admirables, de ces douze bouteilles, deux bouteilles aujourd'hui restent seulement.

—Oh! oh!

—L'une est encore dans les caves du roi Louis XVI.

—Et l'autre?

—Ah! voilà, monseigneur, dit le maître d'hôtel avec un sourire triomphant, car il sentait qu'après la longue lutte qu'il venait de soutenir, le moment de la victoire approchait pour lui; l'autre, eh bien! l'autre fut dérobée.

—Par qui?

—Par un de mes amis, sommelier du feu roi, qui m'avait de grandes obligations.

—Ah! ah! Et qui vous la donna.