—Rien, ma sœur, n'est plus simple que ce qui se passe, dit le jeune prince: la porte qui vous fait face est celle de votre appartement. Voyez!
Et il indiquait à la reine un charmant réduit dont nous ne saurions omettre la description.
Une petite antichambre en bois de rose, avec deux étagères de Boule, plafond de Boucher, parquet de bois de rose, donnait dans un boudoir de cachemire blanc semé de fleurs brodées à la main par les plus habiles artistes en broderie.
L'ameublement de ce boudoir était une tapisserie au petit point de soie, nuancé avec cet art qui faisait d'un tapis des Gobelins de cette époque un tableau de maître.
Après le boudoir, une belle chambre à coucher bleue tendue de rideaux de dentelle et de soie de Tours, un lit somptueux dans une alcôve obscure, un feu éblouissant dans une cheminée de marbre blanc, douze bougies parfumées brûlant dans des candélabres de Clodion, un paravent de laque azurée avec ses chinoiseries d'or, telles étaient les merveilles qui apparurent aux yeux des dames lorsqu'elles entrèrent timidement dans cet élégant réduit.
Nul être vivant ne se montrait: partout la chaleur, la lumière, sans qu'on pût en quelque point deviner les causes de tant d'heureux effets.
La reine, qui avait pénétré avec réserve déjà dans le boudoir, demeura un instant au seuil de la chambre à coucher.
Le prince s'excusa d'une façon toute civile sur la nécessité qui le poussait à mettre sa sœur dans une confidence indigne d'elle.
La reine répondit par un demi-sourire qui exprimait beaucoup plus de choses que toutes les paroles qu'elle aurait pu prononcer.
—Ma sœur, ajouta alors le comte d'Artois, cet appartement est mon logis de garçon, seul j'y pénètre, et j'y pénètre toujours seul.