Le jour s'annonçait brillant et plein de ce charme qu'une avance du printemps donne à certains jours d'avril: aux gelées de la nuit succédait la douce chaleur d'un soleil déjà sensible; le vent avait tourné depuis la veille du nord à l'est.

S'il demeurait dans cette direction, l'hiver, ce terrible hiver de 1784, était fini.

Déjà, en effet, on voyait à l'horizon rose sourdre cette vapeur grisâtre, qui n'est autre chose que l'humidité fuyant devant le soleil.

Dans les parterres, le givre tombait peu à peu des branches, et les petits oiseaux commençaient à poser librement sur les bourgeons déjà formés leurs griffes délicates.

La fleur d'avril, la ravenelle, courbée sous la gelée, comme ces pauvres fleurs dont parle Dante, levait sa tête noircissante du sein de la neige à peine fondue, et sous les feuilles de la violette, feuilles épaissies, dures et larges, le bouton oblong de la fleur mystérieuse lançait les deux follioles elliptiques qui précèdent l'épanouissement et le parfum.

Dans les allées, sur les statues, sur les rampes des grilles, la glace glissait en diamants rapides; elle n'était pas encore de l'eau, elle n'était déjà plus de la glace.

Tout annonçait la lutte sourde du printemps contre les frimas, et présageait la prochaine défaite de l'hiver.

—Si nous voulons profiter de la glace, s'écria la reine interrogeant l'atmosphère, je crois qu'il faut se hâter. N'est-ce pas, madame de Misery? ajouta-t-elle en se retournant, car voilà le printemps qui pousse.

—Votre Majesté avait envie depuis longtemps d'aller faire une partie sur la pièce d'eau des Suisses, répliqua la première femme de chambre.

—Eh bien! aujourd'hui même nous ferons cette partie, dit la reine, car demain peut-être, serait-il trop tard.