Philippe de Taverney était vêtu d'un habit gris foncé finement brodé d'argent, mais ce gris semblait noir, cet argent semblait du fer: la cravate blanche, le jabot blanc mat tranchaient sur la veste de couleur sombre, et la poudre de la coiffure rehaussait la mâle énergie du teint et des traits.
Philippe s'avança, une main dans celle de sa sœur, l'autre arrondie autour de son chapeau.
—Votre Majesté, dit Andrée en s'inclinant avec respect, voici mon frère.
Philippe salua gravement et avec lenteur.
Quand il releva la tête, la reine n'avait pas encore cessé de regarder dans son miroir. Il est vrai qu'elle voyait dans son miroir tout aussi bien que si elle eût regardé Philippe en face.
—Bonjour, monsieur de Taverney, dit la reine.
Et elle se retourna.
Elle était belle de cet éclat royal qui confondait autour de son trône les amis de la royauté et les adorateurs de la femme, elle avait la puissance de la beauté, et qu'on nous pardonne cette inversion de l'idée, elle avait aussi la beauté de la puissance.
Philippe, en la voyant sourire, en sentant cet œil limpide, fier et doux à la fois, s'arrêter sur lui, Philippe pâlit et laissa voir dans toute sa personne l'émotion la plus vive.
—Il paraît, monsieur de Taverney, continua la reine, que vous nous donnez votre première visite. Merci.