—C'est tout simple, tu arrives d'Amérique, tu es parti dans un moment où il n'y avait plus qu'un roi et plus de reine, si ce n'est la Du Barry, majesté peu respectable; tu reviens, tu vois une reine et tu te dis: «Respectons-la.»
—Sans doute.
—Pauvre enfant! fit le vieillard.
Et il se mit à étouffer à la fois, dans son manchon, une toux et un éclat de rire.
—Comment, dit Philippe, vous me plaignez, monsieur, de ce que je respecte la royauté, vous un Taverney-Maison-Rouge; vous, un des bons gentilshommes de France.
—Attends donc, je ne te parle pas de la royauté, moi, je te parle de la reine.
—Et vous faites une différence?
—Pardieu! qu'est-ce que la royauté, mon cher? une couronne; on n'y touche pas, à cela, peste! Qu'est-ce que la reine? une femme; oh! une femme, c'est différent, on y touche.
—On y touche! s'écria Philippe rougissant à la fois de colère et de mépris, accompagnant ces paroles d'un geste si superbe, que nulle femme n'eût pu le voir sans l'aimer, nulle reine sans l'adorer.
—Tu n'en crois rien, non; eh bien! demande, reprit le petit vieillard avec un accent bas et presque farouche, tant il mit de cynisme dans son sourire, demande à M. de Coigny, demande à M. de Lauzun, demande à M. de Vaudreuil.