—Mais, en ce cas, je ne vois pas pourquoi vous riez, mon frère.
—Vous ne voyez pas pourquoi je ris?
—Sans doute, si Monsieur a été attendre le bailli de Suffren à la barrière, il a été plus fin que nous, voilà tout, puisque le premier il le verra et, par conséquent, le complimentera avant tout le monde.
—Allons donc, chère sœur, répliqua le jeune prince en riant, vous avez une bien petite idée de notre diplomatie: Monsieur est allé attendre le bailli à la barrière de Fontainebleau, c'est vrai, mais nous avons, nous, quelqu'un qui l'attend au relais de Villejuif.
—En vérité?
—En sorte, continua le comte d'Artois, que Monsieur se morfondra seul à sa barrière, tandis que, sur un ordre du roi, M. de Suffren, tournant Paris, arrivera directement à Versailles, où nous l'attendons.
—C'est merveilleusement imaginé.
—Mais pas mal, et je suis assez content de moi. Faites votre jeu, ma sœur.
Il y avait en ce moment dans la salle du jeu cent personnes au moins de la plus haute qualité: M. de Condé, M. de Penthièvre, M. de La Trémouille, les princesses.
Le roi s'aperçut que M. le comte d'Artois faisait rire la reine, et pour se mettre un peu dans leur complot, il leur envoya un coup d'œil des plus significatifs.