Mais ce qui la surprit au point de la faire sourire, c'est qu'en passant devant un groupe chuchotant dans un coin du salon, elle essuya, au lieu d'œillades mutines et de propos galants, une bordée de révérences si respectueuses que nul courtisan français n'en eût trouvé de plus guindées et de plus sévères pour saluer sa reine.
Et réellement ce groupe stupéfait et révérencieux avait été composé à la hâte par cet inconnu infatigable qui, caché derrière eux, leur disait à demi voix:
—N'importe, messieurs, n'importe, ce n'est pas moins la reine de France; saluons, saluons bas.
La petite personne, objet de tant de respect, franchit avec une sorte d'inquiétude le dernier vestibule et arriva dans la cour.
Là ses yeux fatigués cherchèrent un fiacre ou une chaise à porteurs: elle ne trouva ni l'un ni l'autre; seulement, au bout d'une minute d'indécision à peu près, lorsqu'elle posait déjà son pied mignon sur le pavé, un grand laquais s'approcha d'elle.
—La voiture de madame! dit-il.
—Mais, répliqua la jeune femme, je n'ai pas de voiture.
—Madame est venue dans un fiacre?
—Oui.
—De la rue Dauphine?