Ces plébéiens voulurent bien danser après le spectacle et se divertir considérablement. Ils décuplèrent leur poids au lieu de le quintupler.

Rien ne bougea dans la salle.

S'il y avait eu quelque malheur à craindre, c'eût été aux représentations suivantes, car les nobles peureux encombrèrent la salle, cette salle dans laquelle allaient se rendre, pour le bal, trois ans après son ouverture, M. le cardinal de Rohan et Mme de La Motte.

Tel était le préambule que nous devions à nos lecteurs; maintenant, retrouvons nos personnages.


[Chapitre XXIII]

[Le bal de l'Opéra]

Le bal était dans son plus grand éclat lorsque le cardinal Louis de Rohan et Mme de La Motte s'y glissèrent furtivement, le prélat du moins, parmi des milliers de dominos et de masques de toute espèce.

Ils furent bientôt enveloppés dans la foule, où ils disparurent comme disparaissent dans les grands tourbillons ces petits remous un moment remarqués par les promeneurs de la rive, puis entraînés et effacés par le courant.

Deux dominos côte à côte, autant qu'il est possible de se tenir côte à côte dans un pareil pêle-mêle, essayaient, en combinant leurs forces, de résister à l'envahissement; mais, voyant qu'ils n'y pouvaient parvenir, ils prirent le parti de se réfugier sous la loge de la reine, où la foule était moins intense, et où d'ailleurs la muraille leur offrait un point d'appui.