—Soit. Je soupirais pour Gilbert; et comme il n'y avait pas deux Gilbert au monde, puisque Gilbert est mort, je ne soupirerai plus.
—Gilbert était jeune; il avait les défauts et les qualités de la jeunesse. Aujourd'hui...
—Gilbert n'est pas plus vieux aujourd'hui qu'il y a dix ans.
—Non, sans doute, puisque Gilbert est mort.
—Vous voyez bien, il est mort; les Gilbert ne vieillissent pas, ils meurent.
—Oh! s'écria l'inconnu, ô jeunesse! ô courage! ô beauté! semences éternelles d'amour, d'héroïsme et de dévouement, celui-là qui vous perd, perd véritablement la vie. La jeunesse c'est le paradis, c'est le ciel, c'est tout. Ce que Dieu nous donne ensuite, ce n'est que la triste compensation de la jeunesse. Plus il donne aux hommes, une fois la jeunesse perdue, plus il a cru devoir les indemniser. Mais rien ne remplace, grand Dieu! les trésors que cette jeunesse prodiguait à l'homme.
—Gilbert eût pensé ce que vous dites si bien, fit Oliva; mais assez sur ce sujet.
—Oui, parlons de vous.
—Parlons de ce que vous voudrez.
—Pourquoi avez-vous fui avec Beausire?