—Monsieur de Taverney, vous!

—Moi-même, répondit Philippe avec le même accent dans la voix, en faisant de son côté un mouvement vers le gazetier suppliant, qui passait ses deux bras par la grille; moi-même; mais il paraît que je suis arrivé trop tard. Eh bien! je ne ferai qu'assister à la fête, à moins que vous n'ayez la bonté de m'ouvrir la porte.

—La fête, murmura le gazetier épouvanté, la fête, que dites-vous donc là? Allez-vous m'égorger, messieurs?

—Oh! dit Charny, le mot est fort. Non, monsieur, nous ne vous égorgerons pas, mais nous vous interrogerons d'abord, ensuite nous verrons. Vous permettez que j'en use à ma guise avec cet homme, n'est-ce pas, monsieur de Taverney?

—Assurément, monsieur, répondit Philippe, vous avez le pas, étant arrivé le premier.

—Çà, collez-vous au mur, et ne bougez, dit Charny, en remerciant du geste Taverney. Vous avouez donc, mon cher monsieur, avoir écrit et publié contre la reine le conte badin, vous l'appelez ainsi, qui a paru ce matin dans votre gazette?

—Monsieur, ce n'est pas contre la reine.

—Ah! bon, il ne manquait plus que cela.

—Ah! vous êtes bien patient, monsieur, dit Philippe rageant de l'autre côté de la grille.

—Soyez tranquille, répondit Charny; le drôle ne perdra pas pour attendre.