Les deux exécuteurs en étaient aux derniers numéros, lorsque la garde parut derrière Aldegonde, à l'extrémité de la cour, et en même temps que la garde cent polissons et autant de commères.
Les premiers fusils frappaient la dalle du vestibule quand le dernier numéro de la gazette commençait à flamber.
Heureusement Philippe et Charny connaissaient le chemin que leur avait imprudemment montré Réteau; ils prirent donc le couloir secret, fermèrent les verrous, franchirent la grille de la rue des Vieux-Augustins, fermèrent la grille à double tour, et en jetèrent la clef dans le premier égout qui se trouva là.
Pendant ce temps-là, Réteau, devenu libre, criait à l'aide, au meurtre, à l'assassinat, et Aldegonde qui voyait les vitres s'enflammer aux reflets du papier brûlant, criait au feu.
Les fusiliers arrivèrent; mais comme ils trouvèrent les deux jeunes gens partis et le feu éteint, ils ne jugèrent pas à propos de pousser plus loin les recherches; ils laissèrent Réteau se bassiner le dos avec de l'eau-de-vie camphrée et retournèrent au corps de garde.
Mais la foule, toujours plus curieuse que la garde, séjourna jusqu'à près de midi dans la cour de M. Réteau, espérant toujours que la scène du matin se renouvellerait.
Aldegonde, dans son désespoir, blasphéma le nom de Marie-Antoinette en l'appelant l'Autrichienne, et bénit celui de M. Cagliostro, en l'appelant le protecteur des lettres.
Lorsque Taverney et Charny se trouvèrent dans la rue des Vieux-Augustins:
—Monsieur, dit Charny, maintenant que notre exécution est finie, puis-je espérer que j'aurai le bonheur de vous être bon à quelque chose?
—Mille grâces, monsieur, j'allais vous faire la même question.