—Ce sera comme il vous plaira, monsieur; mais le drôle qui nous a amenés sait certainement déjà de quoi il s'agit. Ces espèces de gens connaissent trop les façons des gentilshommes pour ne pas se douter que, lorsqu'ils se font conduire au bois de Boulogne, de Vincennes ou de Satory, au train dont il nous a menés, ce n'est point pour y faire une simple promenade. Ainsi, je le répète, votre cocher sait déjà à quoi s'en tenir. Maintenant, j'admets qu'il ne le sache pas. Il me verra ou vous verra blessé, tué peut-être, et ce sera bien assez pour qu'il comprenne, quoiqu'un peu tard. Ne vaut-il pas mieux le garder pour emmener celui de nous qui ne pourra pas revenir, que de rester, vous, ou de me laisser, moi, dans l'embarras de la solitude?

—C'est vous qui avez raison, monsieur, répliqua Charny.

Alors, se retournant vers le cocher:

—Dauphin, dit-il, arrêtez, vous attendrez ici.

Dauphin s'était douté qu'on le rappellerait; il n'avait pas pressé ses chevaux, et, par conséquent, n'avait point dépassé la portée de la voix.

Dauphin s'arrêta donc; et comme, ainsi que l'avait prévu Philippe, il se doutait de ce qui allait se passer, il s'accommoda sur son siège de façon à voir, à travers les arbres encore dégarnis de feuilles, la scène dont son maître lui paraissait devoir être un des acteurs.

Cependant, peu à peu, Philippe et Charny gagnèrent dans le bois; au bout de cinq minutes, ils étaient perdus, ou à peu près, dans la demi-teinte bleuâtre qui en estompait les horizons.

Philippe, qui marchait le premier, rencontra une place sèche, dure sous le pied; elle présentait un carré long merveilleusement approprié à l'objet qui amenait les deux jeunes gens.

—Sauf votre avis, monsieur de Charny, dit Philippe, il me semble que voilà un bon endroit.

—Excellent, monsieur, répliqua Charny, en ôtant son habit.