—Vous vouliez tuer M. de Cagliostro pour plaire à la reine, n'est-ce pas, et, pour plaire plus sûrement encore à la reine, moi aussi vous voulez me tuer, mais par le ridicule?
—Ah! voilà un mot de trop, s'écria Philippe en fronçant le sourcil; et ce mot me prouve que votre cœur n'est pas si généreux que je le croyais.
—Eh bien! percez donc ce cœur! dit Charny en se découvrant juste au moment où Philippe passait un dégagement rapide et se fendait.
L'épée glissa le long des côtes et ouvrit un sillon sanglant sous la chemise de toile fine.
—Enfin, dit Charny, joyeux, je suis donc blessé! Maintenant, si je vous tue, j'aurai le beau rôle.
—Allons, décidément, dit Philippe, vous êtes tout à fait fou, monsieur; vous ne me tuerez pas, et vous aurez un rôle tout vulgaire; car vous serez blessé sans cause et sans profit, nul ne sachant pourquoi nous nous sommes battus.
Charny poussa un coup droit si rapide que cette fois ce fut à grand-peine que Philippe arriva à temps à la parade; mais, en arrivant à la parade, il lia l'épée, et d'un vigoureux coup de fouet la fit sauter à dix pas de son adversaire.
Aussitôt il s'élança sur l'épée qu'il brisa d'un coup de talon.
—Monsieur de Charny, dit-il, vous n'aviez pas à me prouver que vous êtes brave: vous me détestez donc bien que vous avez mis cet acharnement à vous battre contre moi?
Charny ne répondit pas; il pâlissait visiblement.