—Vous allez m'exposer à prendre avec vous le parti que j'ai pris avec le gazetier.
—Ah! des coups de canne, dit Cagliostro en riant et sans remuer plus que n'eût fait une statue.
—Ni plus ni moins, monsieur; oh! vous n'appellerez pas vos gens.
—Moi? allons donc; et pourquoi appellerais-je mes gens? Cela ne les regarde pas; je ferai bien mes affaires moi-même. Je suis plus fort que vous. Vous doutez? Je vous le jure. Ainsi, réfléchissez à votre tour. Vous allez vous approcher de moi avec votre canne? Je vous prendrai par le cou et par l'échine, et je vous jetterai à dix pas de moi, et cela, entendez-vous bien, autant de fois que vous essaierez de revenir sur moi.
—Jeu de lord anglais, c'est-à-dire jeu de crocheteur. Eh bien! soit, monsieur l'Hercule, j'accepte.
Et Philippe, ivre de fureur, se jeta sur Cagliostro, qui tout à coup raidit ses bras comme deux crampons d'acier, saisit le chevalier à la gorge et à la ceinture, et le lança tout étourdi sur une pile de coussins épais qui garnissait un sofa dans l'angle du salon.
Puis, après ce tour de force prodigieux, il se remit devant la cheminée, dans la même posture, et comme si rien ne s'était passé.
Philippe s'était relevé, pâle et écumant, mais la réaction d'un froid raisonnement vint soudain lui rendre ses facultés morales.
Il se redressa, ajusta son habit et ses manchettes, puis d'une voix sinistre:
—Vous êtes en effet fort comme quatre hommes, monsieur, dit le chevalier; mais vous avez la logique moins nerveuse que le poignet. En me traitant comme vous venez de le faire, vous avez oublié que vaincu, humilié, à jamais votre ennemi, je venais d'acquérir le droit de vous dire: «L'épée à la main, comte, ou je vous tue.»