Cette infraction toute nouvelle aux traditions, cette dérogation aux habitudes du château rendaient la reine contente et presque heureuse.
Marie-Antoinette voyait un cœur là où Dieu n'avait placé qu'une éponge aride et altérée.
La conversation continuait sur le pied de cette intimité bienveillante de la part de la reine. Jeanne était sur les épines; sa contenance était embarrassée; elle ne voyait plus la possibilité de sortir sans être congédiée, elle qui tout à l'heure encore avait le rôle si beau de l'étrangère qui demande un congé; mais soudain une voix jeune, enjouée, bruyante, retentit dans le cabinet voisin.
—Le comte d'Artois! dit la reine.
Andrée se leva sur-le-champ. Jeanne se disposa au départ; mais le prince avait pénétré si subitement dans la pièce où se tenait la reine, que la sortie devenait presque impossible. Cependant Mme de La Motte fit ce qu'on appelle au théâtre dessiner une sortie.
Le prince s'arrêta en voyant cette jolie personne et la salua.
—Mme la comtesse de La Motte, dit la reine en présentant Jeanne au prince.
—Ah! ah! fit le comte d'Artois. Que je ne vous chasse pas, madame la comtesse.
La reine fit un signe à Andrée, qui retint Jeanne.
Ce signe voulait dire: «J'avais quelque largesse à faire à Mme de La Motte; je n'ai pas eu le temps; remettons à plus tard.»