—Monsieur, un bruit, un bruit infâme. Il va se propager. Aidez-moi; aidez-moi, sire, car cette fois ce ne sont plus des ennemis qui m'accusent: ce sont mes amis.

—Vos amis?

—Ces messieurs; mon frère, pardon! monsieur le comte d'Artois, monsieur de Taverney, monsieur de Charny, assurent, m'assurent à moi, qu'ils m'ont vue au bal de l'Opéra.

—Au bal de l'Opéra! s'écria le roi en fronçant le sourcil.

—Oui, sire.

Un silence terrible pesa sur cette assemblée.

Madame de La Motte vit la sombre inquiétude du roi. Elle vit la pâleur mortelle de la reine; d'un mot, d'un seul mot, elle pouvait faire cesser une peine aussi lamentable; elle pouvait d'un mot anéantir toutes les accusations du passé, sauver la reine pour l'avenir.

Mais son cœur ne l'y porta point; son intérêt l'en écarta. Elle se dit qu'il n'était plus temps; que déjà, pour le baquet, elle avait menti, et qu'en rétractant sa parole, en laissant voir qu'elle avait menti une fois, en montrant à la reine qu'elle l'avait laissée aux prises avec la première accusation, la nouvelle favorite se ruinait du premier coup, tranchait en herbe le profit de sa faveur future; elle se tut.

Alors le roi répéta d'un air plein d'angoisses:

—Au bal de l'Opéra? Qui a parlé de cela? Monsieur le comte de Provence le sait-il?