—N'est-ce pas, comtesse, n'est-ce pas que j'ai raison, dit la reine, et que monsieur de Charny doute encore?

—Malgré la parole du roi? Oh! c'est impossible, madame, fit Andrée.

—On peut penser que le roi est venu par amour-propre à mon secours. Oh! il ne croit pas! non, il ne croit pas! c'est facile à voir.

Andrée se mordit les lèvres.

—Mon frère n'est point si incrédule que monsieur de Charny, dit-elle; il paraissait bien convaincu, lui.

—Oh! ce serait mal, continua la reine, qui n'avait point écouté la réponse d'Andrée. Et, dans ce cas-là, ce jeune homme n'aurait point le cœur droit et pur comme je le pensais.

Puis frappant dans ses mains avec colère:

—Mais au bout du compte, s'écria-t-elle, s'il a vu, pourquoi croirait-il? Monsieur le comte d'Artois aussi a vu, monsieur Philippe aussi a vu, il le dit du moins; tout le monde avait vu, et il a fallu la parole du roi pour qu'on croie ou plutôt pour qu'on fasse semblant de croire. Oh! il y a quelque chose sous tout cela, quelque chose que je dois éclaircir, puisque nul n'y songe. N'est-ce pas, Andrée, qu'il faut que je cherche et découvre la raison de tout ceci?

—Votre Majesté a raison, dit Andrée, et je suis sûre que madame de La Motte est de mon avis, et qu'elle pense que Votre Majesté doit chercher jusqu'à ce qu'elle trouve. N'est-ce pas, madame?

Madame de La Motte, prise au dépourvu, tressaillit et ne répondit pas.