—Ainsi, parce qu'on a couru avec monsieur La Fayette et Washington—la reine affecta de prononcer ce nom à la française-, ainsi l'on transformera ma cour en une lice du seizième siècle; non, encore une fois, non. Andrée, vous deviez savoir que votre frère s'est battu.
—Je l'apprends, madame, répondit-elle.
—Pourquoi s'est-il battu?
—Nous aurions pu le demander à monsieur de Charny, qui s'est battu avec lui, fit Andrée pâle et les yeux brillants.
—Je ne demande pas, répondit arrogamment la reine, ce qu'a fait monsieur de Charny, mais bien ce qu'a fait monsieur Philippe de Taverney.
—Si mon frère s'est battu, dit la jeune fille en laissant tomber une à une ses paroles, ce ne peut être contre le service de Votre Majesté.
—Est-ce à dire que monsieur de Charny ne se battait pas pour mon service, mademoiselle?
—J'ai l'honneur de faire observer à Votre Majesté, répondit Andrée, du même ton, que je ne parle à la reine que de mon frère, et non d'un autre.
Marie-Antoinette se tint calme, et, pour en venir là, il lui fallut toute la force dont elle était capable.
Elle se leva, fit un tour dans la chambre, feignit de se regarder au miroir, prit un volume dans un casier de laque, en parcourut sept à huit lignes, puis le jeta.