—Un secret d'État! Bon, nous en pouvons rire, s'exclama joyeusement Marie-Antoinette. Ce qu'on ne dit pas, souvent, c'est qu'on ne pourrait le dire, n'est-ce pas, Bœhmer?
—Madame.
—Oh! les secrets d'État; mais cela nous est familier à nous autres. Prenez garde, Bœhmer, si vous ne me donnez pas le vôtre, je vous le ferai voler par un employé de monsieur de Crosne.
Et elle se mit à rire de bon cœur, manifestant sans voile son opinion sur le prétendu secret qui empêchait Bœhmer et Bossange de révéler le nom des acquéreurs du collier.
—Avec Votre Majesté, dit gravement Bœhmer, on ne se comporte pas comme avec d'autres clients; nous sommes venus dire à Votre Majesté que le collier était vendu, parce qu'il est vendu, et nous avons dû taire le nom de l'acquéreur, parce qu'en effet l'acquisition s'est faite secrètement, à la suite du voyage d'un ambassadeur envoyé incognito.
La reine, à ce mot ambassadeur, fut prise d'un nouvel accès d'hilarité. Elle se tourna vers madame de La Motte en lui disant:
—Ce qu'il y a d'admirable dans Bœhmer, c'est qu'il est capable de croire ce qu'il vient de me dire. Voyons, Bœhmer, seulement le pays d'où vient cet ambassadeur?... Non, c'est trop, fit-elle en riant... la première lettre de son nom? voilà tout...
Et lancée dans le rire, elle ne s'arrêta plus.
—C'est monsieur l'ambassadeur de Portugal, dit Bœhmer en baissant la voix, comme pour sauver au moins son secret des oreilles de madame de La Motte.
À cette articulation si positive, si nette, la reine s'arrêta tout à coup.